À Gattières, près de Nice, l’odeur qui s’échappe d’un champ de chanvre a surpris des habitants du quartier des Plans. La parcelle est cultivée pour produire du CBD, mais, pendant la floraison, certains riverains disent sentir une forte odeur de cannabis jusque depuis la route de la Baronne.
À Gattières, l’odeur du champ de CBD divise le voisinage
« Maman, ça sent le shit », a lancé la fille de Céline alors qu’elles rentraient en voiture. Cette habitante des Plans raconte avoir senti l’odeur à plusieurs reprises au cours du mois, parfois jusque depuis la 202 bis, bien qu’elle vive à plusieurs centaines de mètres de l’exploitation.
Le champ, installé le long du Var, couvre environ 7 000 mètres carrés. Sur les réseaux sociaux de la commune, plusieurs habitants évoquent des nuisances olfactives, certains associant l’odeur à des maux de tête ou à des nausées. Ces témoignages expriment leur gêne, mais ne suffisent pas à établir un lien médical avec la culture.
Une culture légale, mais une odeur bien réelle pour les habitants
Morgan Hoffman, gérant de Bloom Magic Production, explique que les plants sont cultivés pour leur cannabidiol, ou CBD, et affirme que leur teneur en THC respecte la réglementation. Le CBD est une molécule du chanvre qui, contrairement au THC, n’est pas connue pour provoquer l’effet planant associé au cannabis.
Le gérant indique que les gendarmes sont venus sur place et ont effectué des prélèvements. Aucun résultat d’analyse n’est précisé dans les éléments disponibles. Il reconnaît toutefois que l’odeur peut déranger : la légalité d’une activité ne fait pas disparaître les tensions qu’elle peut créer au quotidien.
Floraison du chanvre : une gêne saisonnière selon l’exploitant
Selon Morgan Hoffman, les plants commencent à dégager leur odeur au moment de la floraison, dans la seconde moitié du mois d’août, et celle-ci persiste jusqu’à la coupe. Il estime que l’épisode devrait prendre fin après la récolte, avant de se reproduire lors d’une prochaine saison.
Pour Céline, cette gêne reste supportable si elle ne devient pas permanente. « Je ne suis pas là pour empêcher les gens de travailler », résume-t-elle. D’autres voisins sont moins conciliants : dans ce secteur des Alpes-Maritimes, la question est désormais de savoir comment concilier activité agricole et tranquillité du voisinage.
Brise-vue, serre ou dialogue : quelles pistes pour limiter les nuisances ?
Le cultivateur dit qu’une production sous serre, équipée d’extracteurs et de filtres à charbon, représenterait un investissement trop lourd pour sa jeune entreprise, créée en mai 2026. Il affirme qu’une discussion directe aurait aussi permis d’envisager de rehausser les brise-vue afin de mieux contenir les effluves.
La conseillère d’opposition Claire Heyberger-Paul dit avoir été alertée par des habitants. Elle rappelle que des mesures peuvent être envisagées lorsqu’un trouble anormal du voisinage est constaté, tandis que la maire Pascale Guit-Nicol devra apprécier les suites à donner. La réglementation encadre la culture du chanvre, mais les nuisances locales se règlent aussi par le dialogue et l’examen concret de la situation.
Une exploitation de CBD qui pourrait s’étendre près de Nice
Morgan Hoffman assure que l’exploitation n’a pas vocation à quitter les lieux : son associé est propriétaire du terrain et du hangar. Il envisage même de cultiver cinq hectares à proximité en 2027, une perspective qui pourrait raviver les inquiétudes si les odeurs restent un point de friction.
Cette situation s’inscrit dans un secteur agricole en développement, où des producteurs cherchent leur place sur le marché du CBD. Des projets menés par des cultivateurs de CBD en Loire-Atlantique illustrent cette diversification, tandis que les méthodes de production, notamment sous abri, font aussi partie des questions discutées par les professionnels.
À Gattières, l’enjeu immédiat demeure plus simple : les habitants veulent pouvoir profiter de leur quartier sans subir une odeur persistante, et l’exploitant souhaite poursuivre son activité. La prochaine récolte dira si cette saison restera un épisode ponctuel ou le début d’un désaccord durable.
Pour comprendre les différences entre les modes de production, la culture en extérieur et les fleurs cultivées sous abri, les choix techniques influent sur l’organisation d’une exploitation, sans garantir à eux seuls l’absence d’odeurs. Le cas de Gattières rappelle que, dans le CBD comme dans toute activité agricole, l’acceptation du voisinage compte autant que le développement de la production.
Des sujets connexes, comme la culture du CBD en Normandie ou les pratiques liées aux fleurs de CBD cultivées en serre, montrent combien les choix d’implantation et de méthode peuvent peser dans les relations entre exploitants et riverains.