À Erevan, la COP17 approche de sa clôture après deux semaines de négociations tendues. Le bilan à mi-parcours est contrasté : la restauration de la nature progresse dans plusieurs pays, mais les objectifs fixés pour 2030 restent loin d’être atteints et les décisions capables de relancer l’action mondiale sont encore discutées.
À la COP17, des engagements internationaux encore loin des résultats
Le sommet doit se terminer le 30 octobre, tandis que les délégations tentent de finaliser le « Yerevan Pathway », un ensemble de décisions destiné à accélérer l’application des objectifs mondiaux pour la biodiversité. Pour Irene Wabiwa, de Greenpeace International, les négociations n’ont pas encore fait émerger les priorités concrètes attendues.
Le premier bilan mondial du cadre de Kunming-Montréal, présenté le 15 octobre par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, confirme l’ampleur du retard : moins de la moitié des objectifs nationaux examinés sont en bonne voie. À quatre ans de l’échéance de 2030, les promesses doivent donc se traduire plus vite en mesures vérifiables.
L’objectif « 30×30 » illustre ce décalage. D’après les données de Protected Planet, environ 19 % des terres et des eaux intérieures, ainsi que 10 % des océans, bénéficient actuellement d’une protection. La déclaration adoptée par les dirigeants à Erevan le 16 octobre a réaffirmé la cible de 30 %, sans toutefois résoudre la question de sa mise en œuvre.
Le bilan mondial doit transformer les promesses en décisions
Le « global review », l’un des résultats les plus attendus de la conférence, doit identifier les lacunes et recommander des mesures pour accélérer les progrès collectifs. Mais les discussions restent bloquées sur plusieurs points, notamment la place de la science dans les décisions et la manière de rendre les pays davantage responsables de leurs engagements.
Le problème dépasse le contenu des textes : dans un système fondé sur le consensus, quelques délégations peuvent ralentir l’adoption d’une décision. Pour une commune fictive qui restaure une zone humide, ce délai diplomatique a des conséquences très concrètes : les financements tardent, alors que les espèces et les milieux continuent de subir la dégradation des terres et des eaux.
Restauration de la nature : des progrès très inégaux selon les écosystèmes
Publié le 29 octobre, le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, « Nature’s comeback », examine l’objectif consistant à placer au moins 30 % des écosystèmes dégradés en restauration effective d’ici 2030. Il relève des avancées sur les terres, mais des résultats nettement plus faibles dans les milieux aquatiques.
Les efforts terrestres ont atteint près de la moitié de la cible correspondante. En revanche, la restauration des écosystèmes marins et côtiers se situe à 23 % de l’objectif, et celle des eaux douces à seulement 5 %, alors que ces dernières figurent parmi les milieux qui se dégradent le plus rapidement. Le rapport précise que le manque de suivi pourrait conduire à sous-estimer les actions déjà engagées.
La protection des habitats ne se limite pas à tracer des frontières sur une carte. Elle suppose de rétablir les continuités écologiques, de préserver les zones humides et de donner aux communautés locales les moyens de gérer durablement les terres et les eaux. Les peuples autochtones réclament à ce titre le respect de leurs droits, la reconnaissance de leurs connaissances traditionnelles et une participation réelle aux décisions.
Les espèces invasives imposent une réponse coordonnée
Le réchauffement du climat et des océans accélère le déplacement des espèces, tandis que le commerce et les transports ouvrent de nouvelles voies de propagation aux espèces exotiques envahissantes. Une fois installées, elles peuvent déséquilibrer les milieux et fragiliser les espèces indigènes.
Une décision adoptée pendant la première semaine de la COP17 prévoit de renforcer la détection précoce, les interventions rapides, le partage des données scientifiques et l’accès aux financements et aux technologies. Pour être efficace, cette réponse devra aussi associer les entreprises dont les chaînes d’approvisionnement peuvent contribuer à la dispersion des espèces.
Les plans de biodiversité rejoignent également les politiques climatiques : restaurer une zone humide peut soutenir la vie sauvage tout en réduisant les risques d’inondation. Les enjeux locaux d’adaptation à la chaleur, comme ceux évoqués dans les débats sur la canicule et la climatisation à Lannion, rappellent que l’aménagement du territoire pèse aussi sur la résilience des écosystèmes.
Financement écologique : le principal obstacle à l’action mondiale
Le financement écologique demeure au cœur des désaccords à Erevan. Les pays ont convenu l’an dernier de viser au moins 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour la biodiversité, tandis que le déficit annuel global nécessaire à la protection de la nature est estimé à environ 700 milliards de dollars.
Pour la restauration des écosystèmes, le PNUE estime que les investissements annuels doivent passer de 64 à 296 milliards de dollars d’ici 2030, soit plus du quadruple. Les bénéfices — eau plus propre, stockage du carbone ou protection contre les crues — se matérialisent souvent sur plusieurs années, ce qui rend plus difficile la mobilisation de capitaux immédiats.
Le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique indique que plus de 1,8 milliard de dollars de nouveaux financements ont été annoncés pendant le sommet. Mais les pays restent en désaccord sur la répartition de l’effort : l’Union européenne souhaite que des économies émergentes plus aisées rejoignent les États actuellement tenus de contribuer à l’aide destinée aux pays en développement.
Subventions néfastes et crédits nature divisent les délégations
Les discussions achoppent aussi sur les subventions qui encouragent la dégradation des milieux. L’objectif 18 du cadre de Kunming-Montréal prévoit d’en réduire le montant d’au moins 500 milliards de dollars par an d’ici 2030, mais les pays ne s’accordent pas sur la formulation, notamment lorsqu’il s’agit de supprimer progressivement les aides agricoles dommageables.
L’initiative européenne « Friends of Credits for Nature and Biodiversity », lancée le 27 octobre, veut attirer des investissements en rendant les efforts de protection et de restauration plus visibles et échangeables. Ses détracteurs redoutent toutefois des crédits difficiles à vérifier, qui pourraient servir à compenser des dommages sans réduire les pressions exercées sur la nature.
Le Cali Fund, conçu pour partager les bénéfices tirés de l’utilisation de données génétiques, illustre lui aussi les limites des contributions volontaires. Lancé début 2025 avec l’ambition de recueillir un milliard de dollars par an, il n’avait attiré qu’environ 10 000 dollars au moment du sommet : un écart qui montre combien les engagements internationaux restent fragiles sans mécanismes durables.
La COP17 doit encore départager le Panama et l’Équateur pour accueillir la prochaine conférence sur la biodiversité, prévue en 2028. Mais le signal le plus décisif d’Erevan se jouera ailleurs : dans la capacité des gouvernements à convertir leurs objectifs de conservation en financements, en suivi transparent et en actions durables sur le terrain.