Arracher des vignes pour sauver son exploitation : le choix stratégique de J…

À l’ouest de Béziers, Jean-Pascal Pelagatti a retiré dix hectares de vignes en deux ans. Pour ce viticulteur de quatrième génération, l’arrachage des vignes sur les parcelles les plus difficiles à exploiter n’est pas un renoncement, mais un choix stratégique pour préserver son exploitation viticole face à la sécheresse et à la baisse de rentabilité.

Arrachage des vignes près de Béziers : dix hectares retirés en deux ans

À quelques kilomètres de Béziers, sur la route de Lespignan, les ceps arrachés s’accumulent dans le paysage viticole. Au Mas des Graviers, domaine familial qu’il cultive depuis vingt-six ans, Jean-Pascal Pelagatti a réduit ses surfaces de 30 à 20 hectares.

Il a fait arracher six hectares au début de 2025, puis quatre autres lors de la campagne suivante. Les parcelles concernées portaient des cépages rouges — Syrah, Carignan et Merlot — et n’étaient pas irriguées. Le vigneron a ciblé celles dont le travail devenait trop difficile et les récoltes trop peu rémunératrices.

Une exploitation viticole fragilisée par le manque d’eau

Dans l’ouest biterrois, l’eau conditionne de plus en plus les choix de culture. Jean-Pascal Pelagatti explique qu’il n’est actuellement plus possible d’ouvrir de nouveaux compteurs auprès de BRL et que, lorsque les besoins augmentent, la pression du réseau peut baisser.

Cette tension s’ajoute aux difficultés climatiques accumulées depuis 2023. Sur des terres non irriguées, maintenir les mêmes cépages aurait pu aggraver les coûts sans garantir une récolte suffisante : l’arrachage est devenu, pour lui, une mesure de sauvegarde plutôt qu’une décision prise par goût du changement.

Crise viticole : réduire la surface pour préserver la rentabilité

Le domaine a aussi évolué dans son modèle commercial. Jean-Pascal produit environ 12 000 bouteilles sur place, tandis qu’il confie son vin en vrac aux caves de Sérignan et de Nissan, la vente directe de toute sa production étant devenue plus compliquée.

La prime de 4 000 euros par hectare arraché lui apporte un peu de trésorerie, mais ne suffit pas à financer une nouvelle activité agricole sur dix hectares. Il rappelle que les indemnisations atteignaient auparavant jusqu’à 10 000 euros par hectare : l’écart pèse lorsqu’il s’agit de financer des plantations, du matériel et de trouver des débouchés.

La restructuration du vignoble ne règle donc pas, à elle seule, la crise viticole. Elle réduit les charges liées aux parcelles les moins viables, mais laisse entière la question de ce qui peut pousser sur ces terres, dans un secteur où de nombreuses cultures restent dépendantes de l’irrigation.

Quelles cultures après l’arrachage des vignes ?

Le vigneron a essayé le CBD sur l’une des parcelles, mais cette culture exige elle aussi de l’eau. Pour les autres terrains, il envisage de les confier à un agriculteur afin d’y produire du blé ou de les laisser en jachère.

Une conversion vers d’autres cultures, comme la pistache, lui paraît envisageable, mais elle suppose un investissement et des débouchés commerciaux solides. Dans le cadre de sa certification HVE, il doit également entretenir les haies, les arbres et les espaces favorables à la biodiversité, même lorsque les parcelles ne sont plus cultivées.

Adaptation de la viticulture : diversifier les revenus et les pratiques

Pour maintenir son activité, Jean-Pascal Pelagatti mise aussi sur l’adaptation des pratiques. Il défend notamment une gestion du feuillage qui laisse davantage de végétation retomber afin de mieux protéger les raisins de la chaleur.

Le domaine a par ailleurs ouvert un gîte à vocation œnotouristique en 2024. Cette activité fonctionne bien et contribue à maintenir l’exploitation à flot, au moment où les recettes issues du raisin restent exposées aux aléas du climat.

Un nouvel épisode de chaleur éprouve les vignes

Les pluies hivernales avaient laissé espérer une récolte correcte, malgré la sécheresse. Mais un épisode à 39 °C, survenu le 6 septembre alors que les raisins approchaient de leur maturité, a provoqué d’importantes pertes sur le domaine.

Pour ce viticulteur engagé dans la profession, notamment au sein de la FDSEA et comme vice-président de la chambre départementale d’agriculture, l’avenir agricole passe par l’évolution des méthodes autant que par des choix économiques difficiles. Réduire les surfaces non rentables, diversifier les revenus et adapter la conduite des vignes : au Mas des Graviers, ces décisions tracent déjà la voie pour continuer.

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Kim

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