Depuis le 15 mai, la France applique strictement le règlement européen « Novel food », entraînant l’interdiction de la vente des produits alimentaires contenant du CBD. Ce contexte législatif bouleverse profondément une filière en pleine expansion.
Le réseau Chanvre Légal Pro face à l’interdiction des produits alimentaires CBD
Au domaine La Fleur des chanvres, à Boujan-sur-Libron, une quarantaine de producteurs se sont réunis début juin pour discuter d’un sujet brûlant : l’avenir du chanvre et la résilience face à la réglementation. Le réseau Chanvre Légal Pro, qui regroupe plus de 400 producteurs, tire la sonnette d’alarme depuis l’annonce de cette interdiction qui menace jusqu’à 60 % de leur chiffre d’affaires. Thomas Béguin, coordinateur du réseau, rappelle que cette décision intervient après plusieurs années de collaboration avec les autorités, qui avaient pourtant permis un véritable essor du marché du CBD.
Impact de l’arrêt de la vente des aliments au CBD sur les producteurs
Des huiles sublinguales aux gummies, en passant par les tisanes ou les pâtisseries, une large gamme de produits alimentaires est concernée par cette interdiction. Pour des exploitations comme celle de Caroline Jacquot, productrice en Saône-et-Loire, cela signifie un effondrement brutal d’une part essentielle de leur activité, poussant certains à repenser entièrement leur modèle économique. Ces temps d’échanges ont permis aux participants de partager leurs expériences face à ces défis et d’explorer des pistes de diversification.
Une filière en quête de diversification et d’adaptation durable
Chanvre Légal Pro invite les producteurs à ne plus dépendre d’une seule catégorie de produits ni d’un unique canal de distribution. Il s’agit d’une réalité incontournable pour survivre à ces bouleversements. La plante de chanvre trouve d’autres débouchés — dans la construction, la fabrication de textiles, de papiers ou encore la cosmétique — qui peuvent offrir des alternatives viables.
Des ateliers et visites pour renforcer la robustesse des projets
Lors de ces journées, des ateliers pratiques ont été organisés, notamment sur la transformation vers des produits cosmétiques à base de CBD ou de CBG, sans oublier les techniques pour mieux commercialiser et trouver de nouveaux débouchés. Une visite chez un producteur de l’Aveyron a mis en lumière les initiatives locales en matière d’innovation et de diversification.
Zones à risques pour la filière chanvre en 2026
Thomas Béguin souligne trois secteurs particulièrement fragiles : la fleur de chanvre, les produits cosmétiques et les produits à fumer ou vapoter. L’application rigoureuse du règlement Novel food impacte directement la commercialisation des aliments au CBD, tandis que l’Union européenne pourrait bientôt imposer un seuil de THC quasi nul dans les cosmétiques, rendant obsolètes les formulations actuelles. Par ailleurs, une éventuelle restriction de la vente des produits à fumer au réseau des bureaux de tabac français suscite de grandes inquiétudes, notamment sur la légitimité des buralistes à distribuer des produits destinés notamment à calmer douleurs et anxiété.
Dans ce contexte, le rôle du réseau Chanvre Légal Pro est crucial pour orienter et soutenir les agriculteurs dans ces zones à risques et les aider à bâtir des projets pérennes. Le développement d’un marché du CBD solide repose désormais sur la capacité de la filière à s’adapter rapidement et à saisir les opportunités alternatives.
Pour en savoir plus sur les enjeux et solutions de la filière face à cette interdiction, consultez également cet article sur l’interdiction des aliments au CBD et celui consacré à la situation du marché du CBD en France.