Treize boutiques de CBD situées dans l’Eure et en Seine-Maritime ont fermé après la découverte de produits contenant trop de THC ou des cannabinoïdes de synthèse. Le 15 octobre 2026, le tribunal judiciaire d’Évreux a condamné leurs trois gérants, notamment pour trafic de stupéfiants, et ordonné la dissolution de leurs sociétés.
Treize boutiques de CBD fermées dans l’Eure et en Seine-Maritime
Les trois hommes — deux frères de 60 et 55 ans et leur cousin de 42 ans — ont comparu à Évreux pour importation, acquisition, détention et cession de produits stupéfiants, mais aussi pour blanchiment d’argent et pratiques commerciales trompeuses. Les treize commerces qu’ils exploitaient avaient fait l’objet d’une fermeture administrative en mai 2026, avant leur fermeture définitive.
L’affaire avait pris une tournure alarmante après un incident survenu le 3 juillet 2025. À Bernay, des jeunes ont appelé les gendarmes pour leur ami, qui s’était mis à se cogner contre les murs après avoir fumé un produit acheté la veille dans la boutique Green Power.
Un malaise grave après la consommation d’un produit vendu comme du CBD
Les militaires ont trouvé le jeune homme hébété et en difficulté pour parler. À l’hôpital, les analyses ont révélé une forte dose de THC, le principal composé psychoactif du cannabis ; le produit aurait aussi pu contenir du Cumyl-Pinaca, un cannabinoïde de synthèse interdit et classé comme stupéfiant.
Le consommateur a ensuite raconté aux enquêteurs avoir eu « une impression de mort imminente ». Cet épisode a donné une dimension concrète aux risques liés à des produits commercialisés comme du cannabidiol, mais dont la composition ne correspondait pas à l’étiquette. Des cas d’intoxication impliquant des substances de synthèse sont également évoqués dans cet article sur les urgences liées au CBD de synthèse.
Des saisies importantes et des produits au-delà du seuil légal
Les perquisitions menées par la gendarmerie de Bernay avec le groupement interministériel de recherche de Rouen ont visé les domiciles des prévenus et les locaux de leurs sociétés. Les enquêteurs ont notamment découvert 300 000 euros en espèces dissimulés dans un box, environ 600 kilos de produits CBD sans certificat d’analyse, ainsi qu’une bonbonne de cannabinoïde de synthèse.
Selon les expertises citées à l’audience, 80 % des produits saisis dépassaient le seuil français de 0,3 % de THC, tandis que 41 échantillons étaient contaminés par des drogues de synthèse. La justice a ainsi examiné des marchandises présentées comme du CBD, mais dont certaines relevaient, par leur composition, de produits stupéfiants et non d’une simple vente de cannabis licite.
Les gérants ont expliqué que des clients réclamaient des produits plus puissants et qu’ils faisaient confiance à leurs fournisseurs. Le tribunal a toutefois relevé l’absence de traçabilité, de factures et de certificats d’analyse, alors que chaque magasin aurait réalisé environ 50 000 euros de chiffre d’affaires mensuel, selon l’estimation présentée à l’audience.
Un circuit d’approvisionnement international sans garanties suffisantes
Les produits passaient par plusieurs structures : une coopérative marocaine transformait des fleurs de chanvre pour une société basée à Tanger, avant une exportation vers une entreprise suisse et une réexpédition vers les sociétés des prévenus. Le circuit faisait intervenir des pays où les seuils de THC diffèrent, sans que les lots soient accompagnés des documents permettant d’en vérifier précisément la composition.
À la barre, le plus jeune des prévenus a reconnu que certains produits pouvaient dépasser la limite autorisée, tout en affirmant avoir commandé du 0,3 %. Le ministère public a opposé à cette défense les éléments retrouvés dans les téléphones, notamment des articles consacrés au Cumyl-Pinaca, et a soutenu que le contournement des règles était organisé.
Pour un commerçant, la leçon dépasse le seul contrôle du taux affiché sur une fiche produit : sans analyses fiables et traçabilité du lot, la confiance accordée au fournisseur ne protège ni la clientèle ni l’entreprise. Les enjeux de conformité sont également abordés dans ce dossier sur les produits CBD non conformes.
La condamnation des gérants et la dissolution des sociétés
Le tribunal a prononcé des peines distinctes pour les trois hommes. Deux ont été condamnés à 24 mois de prison, dont 18 avec sursis probatoire ; la partie ferme doit être aménagée à domicile sous surveillance électronique. Le troisième a reçu une peine de 12 mois assortie d’un sursis probatoire pendant deux ans.
Chacun devra également payer 10 000 euros d’amende. Les quatre sociétés liées à l’activité ont été dissoutes et condamnées à 25 000 euros d’amende chacune, tandis que le tribunal a ordonné la confiscation des saisies et des scellés. Ces sanctions s’ajoutent aux fermetures déjà décidées dans l’Eure et en Seine-Maritime.
À Pont-Audemer, le magasin Green Power de la rue de la République était fermé depuis le 2 juin 2026. Le jugement du tribunal d’Évreux transforme ainsi une série de fermetures administratives en sanction judiciaire durable pour les boutiques et les structures qui les exploitaient.