Alors que la filière du cannabidiol, ou CBD, avait commencé à trouver ses marques en France, un nouveau projet de loi de finances vient semer un vent de tempête. En 2025, les cultivateurs et distributeurs de CBD se retrouvent confrontés à une double mesure fiscale qui pourrait bouleverser durablement leur activité. Taxe au niveau du tabac, restrictions de vente drastiques : ces décisions, en cours d’examen à l’Assemblée nationale, font vaciller un secteur en pleine croissance, qui peine déjà à s’imposer face aux cadres réglementaires fluctuants.
Le coup fiscal qui menace la culture du chanvre bien-être
Depuis plusieurs années, la culture du chanvre dédié au CBD est devenue un levier économique significatif pour de nombreux agriculteurs, notamment dans des régions comme la Côte-d’Or. Pourtant, ce phénomène, qui est passé d’une trentaine d’exploitations en 2019 à plus d’un millier aujourd’hui, pourrait bien marquer un tournant négatif. Le projet de loi de finances 2026 introduit une taxe d’accise particulièrement sévère sur les produits à base de CBD destinés à l’inhalation, comparable à celle appliquée au tabac.
Cette mesure, portée par l’article 23 du PLF, instaure une taxe de 25,7 % sur les fleurs, les résines et les e-liquides de CBD, s’ajoutant à la TVA. Pour les petits producteurs, habitués à vendre en circuits courts, cette double fiscalité représente une charge lourde, risquant de les contraindre à abandonner leur activité. Arthur Gallien-Gy, cultivateur dans la Bourgogne, illustre bien cette inquiétude : “Si ce texte est adopté, je serai contraint de changer de métier.”
Des restrictions de vente aux conséquences imprévues
À côté de cette taxe, une autre disposition vient limiter drastiquement la distribution des fleurs de CBD à fumer. Selon l’article L. 3513-18-2 du Code de la santé, seules les ventes par des bureaux de tabac ou établissements agréés seraient permises, excluant ainsi les marchés, foires, et bien sûr les boutiques spécialisées en CBD. Ce verrouillage suscite un grand désarroi parmi les acteurs locaux, notamment les gérants de magasins de proximité qui craignent pour leur survie économique.
Cette restriction force également les producteurs à passer par des circuits douaniers complexes et coûteux, semblables à ceux du tabac. Le résultat ? Un fragilisation sévère de la filière, qui pourrait voir disparaître une part importante de ses membres. Djamel Bousdassi, responsable d’une boutique à Dijon, témoigne de cette angoisse : “La perspective de devoir fermer nos portes nous tombe dessus sans prévenir.”
Sous pression, la filière CBD face à un avenir incertain
Avec un marché national estimé à 850 millions d’euros et près de 35 000 emplois générés selon l’AFPC (Association Française des Producteurs de Cannabinoïdes), l’impact de ces décisions dépasse largement les exploitations isolées. En imposant une taxonomie fiscale rigide – baptisée par certains comme le “ChanvreTax” – l’État risque d’asphyxier une filière encore fragile mais pleine de promesses.
Hugo Bessenay Prolonge, responsable des affaires publiques de l’AFPC, l’affirme : “On assiste à une tentative de mettre la filière sous la coupe du ‘FiscalChanvre’ lourd, en ignorant les spécificités agricoles et économiques du secteur. Ce n’est pas qu’une question de recettes fiscales, c’est la survie d’un savoir-faire local et responsable qui est en jeu.”
Les clients eux aussi pris au piège d’une fiscalité rigide
Les consommateurs, fidèles à un réseau souvent confidentiel, devront également s’adapter à ces nouveaux horizons. L’achat en bureau de tabac, sans conseil ni garantie de qualité, risque de devenir la norme. Ce déplacement forcé dans les circuits homologués pourrait entraîner une perte importante du lien de confiance entre producteurs, vendeurs spécialisés, et clients habitués.
Julien Guigues, co-gérant d’un CBD shop à Dijon, remarque : “Ce sont nos relations basées sur l’expertise et l’écoute qui sont menacées. La simple substitution par une vente standardisée dans les bureaux de tabac n’est pas une solution durable. Cette “TaxeVerteCBD” risque d’effacer tout un métier, tout un écosystème.”