Au fil des dernières années, le Maroc s’est affirmé comme un acteur de premier plan dans la scène internationale du cannabis médical. En 2026, le pays franchit une étape décisive vers une recherche autonome et rigoureuse, portée par une volonté collective d’inscrire le cannabis dans un cadre scientifique et médical irréprochable. À Casablanca, sur le site de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, le ton est donné : il faut dépasser les préjugés pour embrasser pleinement les potentialités thérapeutiques du cannabidiol (CBD).
Une révolution scientifique au cœur de la médecine marocaine
Le professeur Khalid Saïr, figure emblématique de la recherche en pharmacologie au Maroc, insiste sur la nécessité d’aborder le cannabis médical sans préjugés, en s’appuyant uniquement sur des preuves scientifiques solides. Longtemps éclipsée par des débats émotionnels, la plante est désormais scrutée à travers le prisme de la science, qui révèle son rôle prometteur dans la gestion de différentes pathologies, telles que les douleurs chroniques, les épilepsies réfractaires, mais aussi en oncologie de support et soins palliatifs.
Cette démarche rigoureuse alimente la formation des professionnels de santé et la production de référentiels nationaux adaptés aux réalités marocaines, garantissant que la médecine s’inscrive dans une perspective éthique et centrée sur le patient.
L’intégration du CBD : entre innovation, législation et souveraineté sanitaire
Pour Muhammadin Boubekri, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le développement du cannabis médical au Maroc incarne un tournant historique mêlant innovation médicale et exigences réglementaires. Le Royaume, confronté à des besoins médicaux spécifiques, entend bâtir une filière pilotée par un triptyque institutionnel : l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) pour la sécurité et la légalité, l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS) pour l’excellence académique, et le CNOM pour la supervision éthique.
Ce cadre garantit un usage du CBD en parfaite cohérence avec les meilleures pratiques internationales, loin des effets de mode, en phase avec les enjeux de la santé publique et la souveraineté sanitaire du Maroc.
Des avancées cliniques soutenues par un savoir scientifique rigoureux
Mohamed El Guerrouj, directeur général de l’ANRAC, souligne l’importance de dissocier rigoureusement faits scientifiques et rumeurs. En 2026, les premières recommandations nationales pour la prescription du cannabis médical à base de CBD concernent des disciplines variées, notamment la neurologie, la gériatrie, et la gastro-entérologie pédiatrique.
Parmi les 109 produits homologués au Maroc, distribués dans plus de 600 points de vente, l’attention demeure portée sur la traçabilité et la sécurité. L’alliance entre industriels, pharmaciens et médecins s’impose ainsi comme un levier central pour assurer la confiance des patients.
Une base scientifique solide pour encadrer le développement du CBD médical
Le professeur Jaafar Heikel, spécialiste en épidémiologie, porte un projet ambitieux : l’élaboration d’un guide marocain de prescription fondé sur l’étude approfondie d’environ 1 700 références scientifiques internationales. Ce travail méthodique vise à baliser les indications validées du CBD, en s’assurant que seuls des produits pharmaceutiques contrôlés soient utilisés, afin de contrer la désinformation qui entoure parfois cette molécule.
Les applications les mieux documentées concernent entre autres la neurologie, la gestion de douleurs neuropathiques et la prise en charge oncologique de soutien, où la qualité de vie des patients reste centrale. Une vigilance constante est requise, notamment vis-à-vis des interactions médicamenteuses et des effets secondaires possibles, exigences renforcées par le génotypage des souches marocaines.
Vers une recherche médicale innovante et autonome
Le Maroc ne se contente pas de suivre les avancées internationales, il cherche désormais à en être un contributeur majeur. Le professeur Saber Boutayeb, directeur du Centre Mohammed VI de la recherche et de l’innovation, propose un changement de paradigme : valoriser les données de vie réelle et les méthodologies innovantes pour produire des preuves adaptées aux particularités locales et aux maladies rares.
En préférant des essais cliniques pragmatiques et l’intelligence artificielle à la simple reproduction d’études internationales, le Maroc affirme son ambition de devenir leader en recherche sur le cannabis médical, non seulement pour sa population, mais aussi en rayonnant à l’échelle africaine.
Une médecine humaniste au service des patients
Le professeur Mouna Maamar, interniste et gériatre, rappelle que la médecine ne peut se réduire à des protocoles techniques. Son intervention souligne comment le système endocannabinoïde joue un rôle clé dans la régulation de nombreux processus physiologiques, notamment la douleur, l’inflammation et le sommeil. Dans cette optique, le CBD, utilisé avec précaution et dosage progressif, peut considérablement améliorer la qualité de vie, en particulier chez les patients âgés.
Cependant, comme tout médicament, son usage doit être strictement encadré, les risques d’interactions avec des traitements anticoagulants ou immunosuppresseurs, par exemple, étant bien connus. Cette approche démontre l’équilibre nécessaire entre innovation et prudence.
Pour approfondir la transformation du cannabis médical et son impact clinique, explorez cet article détaillé sur le rôle thérapeutique du cannabis et découvrez comment cette plante médicinale s’intègre progressivement aux stratégies de santé publique.